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La place de la France dans le conflit Syrien

Cela fait maintenant plus d'un an et demi que les révolutions du monde Arabe sont en marche. Les contestations populaires ont amené la Tunisie, l'Egypte et la Lybie à se débarrasser d'un pouvoir en place depuis des décennies. Ainsi, d'une part, Ben Ali et Hosni Moubarak prirent la fuite, et d'autre part Mouammar Kadhafi fut retrouvé mort. Ce qui conduisit, suite à un emballement médiatique et populaire rare, à nommer ces révolutions de « Printemps Arabe », ou encore de « Révolution du Jasmin » pour la Tunisie. Bien que les mouvements contestataires se faisaient encore ressentir, comme au Bahreïn par exemple, nous étions à mille lieues de pouvoir nous attendre à de nouveau voir apparaître un cas similaire aux trois pays déjà libérés : il s'agit de la Syrie. En effet, environ un mois après la libération de la Lybie, les premières manifestations débutaient à Deraa. L'œil déjà habitué par ces manifestations, le monde ne prit pas tout de suite conscience du début de crise qui s'entamait.

 

Un an et demi quasiment jour pour jour après le début de la révolte Syrienne, la situation ne s'est toujours pas débloquée. Et les citoyens du monde, incluant politiques et civils simples, prennent enfin conscience de l'enjeu que représente la crise Syrienne sur le contexte géopolitique actuel. Non pas grâce aux médias, qui en diffusant des vidéos sanglantes de Syriens sous les bombes ou d'explosions mortuaires dans les rues de Damas, d'Homs ou d'Alep n'ont fait que dupliquer des images déjà visibles pour bien d'autres conflits autour du globe. Non, ce qui constitue la vraie originalité de ce conflit se trouve bien loin de ces dernières villes ou du pays Syriens lui même, mais bien plus loin, à des milliers de kilomètres de là : aux Etats-Unis, au siège des Nations Unies. Car si la crise Lybienne, s'éternisant, avait trouvé son dénouement grâce à l'intervention militaire de l'ONU, ce cas actuel de la Syrie pose problème. Car autour de la table sont présents Russie et Chine, tous deux invoquant perpétuellement leur droit de véto, inlassablement, conduisant Bashar al-Assad à pouvoir continuer son action en toute impunité.

 

Intéressons nous désormais à la place de la France dans ce contexte, et à la place qu'elle devrait -ou ne pas- jouer. Nous le savons, ceci nous étant rabâché dans les livres d'école et dans certains journaux, la France est le pays des droits de l'Homme, et à ce titre, devrait pouvoir prétendre à libérer la Syrie de son oppresseur... Seulement voilà, la France, qui avait joué un rôle important en Lybie, ne peut plus prétendre à ce rôle en Syrie, même si elle le voulait. Les droits de vétos de Vladimir Poutine et d'Hu Jintao bloquent toute possibilité d'intervention armée, rendant la situation plus que jamais complexe. La France, face à cela, ne fait rien. Mais peut-elle vraiment faire quelque chose ?

 

En effet, depuis quelques semaines, les politiques sortent de leur silence et s'emparent de ce dossier. A donc lieu un clivage de plus entre l'opposition et le gouvernement en place. François Hollande promettait lors de la campagne présidentielle de tout faire pour sortir Bashard al-Assad de son fauteuil. Seulement les évènements l'ont conduit à revenir sur ses paroles. Désormais, la France ne prétend plus intervenir militairement, c'est à dire envoyer des troupes et fournir des armes. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, s'est récemment prononcé de cet avis, gravant donc solidement la décision Française dans le marbre. Ce qui se traduisit par de vifs pamphlets dans les rangs de l'opposition. Nicolas Sarkozy, le premier, sortit de son silence pour dénoncer le manque de réaction de la France. Ayant la légitimité d'ancien président et de « vainqueur » de Kadhafi, Sarkozy créa une première polémique. Cependant, ayons la décence de reconnaître que la polémique, pour une fois, peut faire du bien, car si les crises Lybiennes et Syriennes ont peu en commun, il est bon de relancer le débat sur cette intervention armée. Car rester sous silence serait tolérer en douce le comportement de Bashar al-Assad. Suite à cette intervention de Nicolas Sarkozy, deux figures de la droite suivirent : d'abord Dominique de Villepin, ancien premier ministre, qui venait apporter son soutien à l'ancien président, en affirmant que la France pouvait agir. Et enfin, c'est monsieur Fillon, ex Premier Ministre, qui vint critiquer l'action de la gauche sur ce dossier Syrien dans une tribune pour le figaro. Avec une petite originalité : il demande à François Hollande de convaincre Vladimir Poutine de retirer son droit de véto en prenant le prochain avion pour Moscou, excusez du peu... Car il est presque invraisemblable que le Président Français puisse trouver des compromis avec l'ex homme du KGB. Car c'est bien là tout le problème du conflit Syrien, chacun veut aider, chacun s'insurge devant ce triste spectacle, mais... Personne ne peut rien faire. La faute au système d'immobilisme imposé par les Nations Unies. Ceci étant d'ailleurs parfaitement illustré par les rebondissements récents, à savoir la démission de Kofi Annan au poste de médiateur international en charge de la crise Syrienne ; et aux déclarations naissantes de son remplacent, Lakhdar Brahimi, qui se dit « peu confiant » quant aux chances de réussites de l'ONU pour mettre fin au conflit. Alors, pourquoi la France ne ferait-elle pas cavalier seul ? D'une part, parce qu'on voit mal les troupes Françaises à peine parties d'Afghanistan s'en aller la fleur au fusil à Damas. D'une autre, parce que l'opinion publique y est opposée. Selon un sondage publié il y a peu dans le Figaro, 61% des français sont contre l'intervention militaire en Syrie. Et enfin, ce serait un pari trop risqué, rappelant les interventions musclées des Américains en Irak, ou la sombre époque coloniale Française. Enfin, une question peut légitimement se poser. Intervenir en Syrie peut être une bonne chance, mais dans ce cas, pourquoi la France ne ferait-elle pas de même en Côte d'Ivoire où la guerre civile succède aux crises politiques ? Au Mali, où les groupuscules Islamistes s'emparent du nord du pays, le mettant à feu et à sang ?

 

Cependant, d'autres issues à une intervention armée sont possibles. La France doit se donner les moyens d'agir autrement. Agir autrement, c'est commencer par agir dans l'immédiat : ouvrir des camps de réfugiés, comme nous le faisons déjà en Jordanie où l'afflux de migrants Syriens ayant besoin d'être pris en charge est terrifiant. Ainsi, c'est une bonne chose de voir le drapeau Français flotter sur ces tentes, montrant bien que la France assume une part de ses responsabilités, malgré les conditions plus que précaires de ces camps. De plus, comment être certain que la France, comme d'autre pays d'ailleurs, n'est pas indirectement présente sur le terrain, aux côtés de l'armée Syrienne libre ? Il est en effet possible que certains états aident la population, notamment grâce aux outils de communication. Ceci ne pouvant être dit au grand public, ce qui annihilerait toute chance de réussite. Car c'est cela, la politique étrangère, c'est la politique de l'ombre, avant toute chose. De plus, la France devra veiller à ce que la situation de crise sur le sol Syrien ne déborde pas sur les pays frontaliers. La situation est critique en Turquie, qui peut ne peut accueillir que 100 000 migrants, mais qui constate que l'afflux de Syriens dépasse déjà les 70,000. Mais aussi au Liban, où de récentes manifestations ont détournés un avion, l'obligeant à se poser hors du territoire Libanais.

 

Malgré cela, la France ne joue pas -pas encore ?- le rôle qu'elle devrait jouer. Car, nous le voyons aujourd'hui en Tunise, Egypte et Lybie, le plus important est de préparer l'avenir. Finalement, le vrai débat ne devrait-il pas se porter sur ce sujet, plutôt qu'uniquement sur le départ de Bashar al-Assad ? Le dictateur semble aujourd'hui courir à sa perte, ne contrôlant plus que 30% de son pays, voyant ses soutiens, dans son propre gouvernement, déserter peu à peu, rejoignant l'armée Syrienne libre. Nous le voyons, depuis la bataille d'Alep, on nous répète que la chute du régime semble n'être plus qu'une question de temps. D'où ce travail d'organisation politique qui doit être mené par la France pour assurer un réel avenir à la Syrie. Le but étant évidemment d'instaurer une démocratie parfaite. Seulement voilà, nous le voyons de jour en jour avec des exemples nombreux : le monde Arabe est aujourd'hui en proie aux groupuscules islamistes. Ainsi le plus grand danger de la Syrie sera AQMI. Car un pays tout juste sorti d'une révolution ne peut pas se sortir seul du chaos naissant. On le voit en Lybie, où les manifestations n'ont jamais cessées à Tripoli, et où la charia tente de s'inviter dans la constitution. Mais voyons plus près : ce constat peut également être fait pour la France elle-même, où la révolution de 1789 n'a pas débouché sur un avenir politique stable avant bien longtemps...

Voilà donc le point précis sur lequel la France devra insister. Et ne pas commettre la même erreur qu'en Lybie, où le travail n'a pas été suffisant pour apaiser les tentions. Car la Syrie n'aura pas plus d'avenir qu'aujourd'hui si elle devenait un petit état alaouite surarmé.

 

En définitive, l'avenir du monde Arabe ne se joue pas sur les prochains mois, mais bien sur les prochaines décennies. Il serait invraisemblable pour la France de naïvement laisser ces états post-révolutionnaires se débrouiller seuls. Si la France et la Syrie veulent à l'avenir marcher dans la même direction, il ne tient qu'à l'état Français de préparer l'avenir Syrien, en engageant le processus démocratique comme il a été fait en Tunisie et en Egypte. Seulement après cela, nous pourrons laisser les populations libres de leur avenir.

 

Yohan Savary

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